Accueil » Blog- La filière « véhicule électrique » devrait être une composante clé de la stratégie énergétique de l’Afrique subsaharienne

Observatoire Europe-Afrique 2020

18 février 2019

La filière « véhicule électrique » devrait être une composante clé de la stratégie énergétique de l’Afrique subsaharienne

 

 

La consommation énergétique du secteur des transports en Afrique subsaharienne va exploser dans les 20 prochaines années, sous les effets conjugués de deux facteurs :

  • L’urbanisation: La population de Lagos a augmenté de 1,4 à 12 millions d’habitants entre 1970 et 2015 et passera à 24 millions en 2035. Kinshasa aura presque 27 millions d’habitants en 2035. Plus de 80 % de l’augmentation de la population du continent africain se produira dans les villes.
  • Le taux de motorisation : Il n’est que de quelques voitures pour 1000 habitants[1],  contre 565 voitures pour 1000 habitants en Europe. L’Afrique ne représente aujourd’hui que 2% des ventes mondiales d’automobiles. Ce taux va augmenter considérablement à l’horizon 2050. A titre d’exemple, on estime que le parc automobile du Nigéria devrait atteindre 25 millions de véhicules en 2050.

Cette croissance exponentielle du trafic automobile va générer une forte augmentation de la pollution dans les grandes métropoles africaines à moyen-terme, à l’image de ce que l’on observe déjà aujourd’hui dans les métropoles asiatiques.

A la lumière de ce constat, l’Afrique subsaharienne présente un contexte idéal pour développer une filière « véhicules électriques » à grande échelle. Contrairement aux pays industrialisés, les parcs automobiles sont aujourd’hui très restreints et ces pays ne sont pas confrontés au problème de la conversion du parc de véhicules à moteurs thermiques vers des véhicules électriques.

Une stratégie à long-terme cohérente consisterait par conséquent à investir dès maintenant dans une filière industrielle intégrée, incluant la fabrication des batteries, celle des véhicules électriques et le développement de réseaux de bornes de rechargement dans les grandes villes. Les subventions publiques aux carburants, très répandues en Afrique subsaharienne, mais mal ciblées et favorisant la surconsommation de carburants, seraient remplacées par des aides à l’acquisition de véhicules électriques.

Or que constate-t-on ? Depuis cinq ans on assiste à une multiplication des usines d’assemblage de véhicules à moteurs thermiques. Un recensement effectué sur quatre pays d’Afrique subsaharienne[2] a permis d’identifier sept usines d’assemblage opérationnelles et au moins huit projets à l’étude[3]. Ces usines constituent la réponse des grands constructeurs automobiles mondiaux aux augmentations de taxes à l’importation ou aux interdictions d’importation de véhicules neufs mises en place par les états, et traduisent leur volonté de placer leurs pions sur des marchés qu’ils considèrent comme prometteurs à moyen-terme.

D’autre part, les initiatives visant à développer des réseaux de bornes de rechargement électriques dans les grandes villes d’Afrique subsaharienne sont quasi-inexistantes. Sur le continent africain, seuls le Maroc et l’Afrique du sud déploient des investissements significatifs dans ce domaine.

Cette évolution vers un « saupoudrage » d’usines d’assemblage de véhicules à moteur thermique est contre-productive. Ces usines, de faible capacité, génèrent en effet peu de valeur ajoutée, dégagent une faible rentabilité et sont peu pourvoyeuses d’emplois.  En outre, il y a une incohérence majeure à voir les constructeurs automobiles construire des usines d’assemblage en Afrique subsaharienne et les distributeurs de carburant investir dans des réseaux de distribution, quand on sait qu’il faudra remplacer ces investissements par d’autres solutions dans 10 ou 20 ans lorsque les coûts sociaux liés à la pollution seront devenus insupportables.

Le développement de réseaux de bornes de rechargement de véhicules électriques aurait également un effet structurant sur ces grandes métropoles, qui souffrent d’un manque crucial d’infrastructures urbaines.

L’effort nécessaire pour atteindre cet objectif est à la mesure de l’enjeu : il ne concerne pas seulement la dizaine de mégalopoles africaines, mais aussi les quelques 100 villes de plus d’un million d’habitants qui existeront en 2025 sur le continent.

Si une filière industrielle « véhicule électrique »  parvenait à se développer à grande échelle à moyen-terme en Afrique, ce serait une réponse forte aux défis posés par la pollution atmosphérique (NOx, COV, particules), le bruit et la pollution locale par le CO2. Compte tenu de l’immensité des ressources hydroélectriques, solaires et éoliennes du continent, cette filière pourrait s’appuyer sur un mix-énergétique comportant une part croissante d’origine renouvelable, contribuant de manière décisive à la lutte contre le réchauffement climatique.

C’est en mettant en œuvre des actions volontaristes dès maintenant que l’on peut espérer maximiser le taux d’équipement en véhicules électriques en Afrique et que l’on empêchera le cercle vicieux du « tout thermique » de se développer, ce qui rendrait beaucoup plus difficile la conversion ultérieure vers l’électrique.

Quels rôles pourraient jouer les différents profils d’acteurs dans le développement de cette filière industrielle? La concrétisation de la Zone de Libre-Echange Continentale aurait bien entendu un effet catalyseur grâce aux économies d’échelle qu’elle pourrait induire, de même que la réalisation de réseaux de bornes de rechargement financés par les pouvoirs publics au moyen de prêts internationaux. Ces investissements inciteraient les constructeurs automobiles implantés en Afrique à ajouter des lignes de production de véhicules électriques à leurs unités existantes et à investir dans des usines de fabrication de batteries en Afrique.

 

[1] Le taux de motorisation du continent africain est de 43 véhicules pour 1000 habitants, avec des contrastes très marqués entre les pays : Afrique du Sud : 180 pour 1000, Ethiopie : 2 pour 1000.

[2] Ethiopie, Ghana, Kenya, Nigéria.

[3] Ce chiffre ne tient pas compte des usines installées en Afrique du nord et en Afrique du sud, dont certaines ont un taux d’intégration très élevé.

 

Sources

World Economic Forum

McKinsey

FMI

Le 360 Afrique

Le blog finance

Slate Afrique

United Nations – Population Division – Department of Economic and Social Affairs

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