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L’intégration industrielle Europe/Afrique subsaharienne est une priorité budgétaire 

(Ce texte a été inséré le 22 février 2019 sur le site du “Grand débat national”, dans la rubrique “Fiscalité et dépenses publiques”)

 

Le développement industriel de l’Afrique est vital pour l’équilibre de Europe. Seule une croissance économique soutenue permettra aux pays africains d’éviter le chômage de masse et de prévenir les conflits armés.

De son côté, la France perd inexorablement du terrain en Afrique au plan économique. En 2016, elle n’arrivait plus qu’en sixième position en termes d’investissements directs étrangers sur le continent.

D’autre part, on constate que les politiques d’industrialisation menées depuis plusieurs années en Afrique subsaharienne n’ont pas conduit aux résultats escomptés. Dans tous les pays de cette zone, sans exception, le tissu manufacturier reste notoirement insuffisant. Ces pays ne sont pas attractifs pour les entreprises souhaitant investir dans des secteurs manufacturiers exposés à la concurrence internationale.

Le développement de pôles manufacturiers compétitifs dans des secteurs tels que la chimie, la mécanique, l’électronique, l’automobile et le textile/habillement est un enjeu crucial pour les pays d’Afrique subsaharienne, et une occasion de s’intégrer progressivement dans les chaînes de valeur mondiales.

La concrétisation de cet objectif suppose un profond changement d’état d’esprit, consistant à considérer le bloc économique « Europe + Afrique subsaharienne » comme un tout, devant être géré dans le cadre d’une politique industrielle commune aux deux continents.

De prime abord, l’idée d’inciter des entreprises françaises à localiser des pôles manufacturiers en Afrique subsaharienne peut paraître saugrenue compte tenu des difficultés actuelles de l’économie française. Pourtant, les entreprises françaises gagneraient en compétitivité en démultipliant les activités de co-production avec des pays à bas coûts et en intégrant un « maillon africain » à leur chaîne de valeur afin d’optimiser leurs processus de co-production à l’échelle internationale.

Cette initiative permettrait également de relocaliser en Afrique subsaharienne une partie des activités actuellement sous-traitées en Chine, au Vietnam et au Cambodge par les entreprises françaises- et qui ne peuvent pas être localisées en France pour des raisons de coûts de production. Si seulement 20% des produits « Made in China » actuellement vendus en Europe basculaient vers du « Made in Africa », l’impact sur les économies africaines serait considérable.

Les filières industrielles concernées sont celles qui comportent des chaînes de valeur complexes, pour lesquelles la complémentarité entre l’Europe et des pays émergents peut jouer pleinement: construction automobile, mini centrales solaires, éoliennes, matériels de transport, construction aéronautique, construction métallique, textile/habillement, composants électroniques, produits en cuir, médicaments.

Le manifeste franco-allemand pour une politique industrielle européenne adaptée au 21ème siècle, publié le 19 février 2019, souligne que « Si l’Europe veut rester une puissance industrielle en 2030, nous avons besoin d’une véritable politique industrielle européenne. Les investissements nécessaires pour permettre à l’Europe d’être compétitive sur la scène mondiale et de développer des stratégies industrielles de long terme visant, entre autres, à une économie neutre en carbone, sont si importants que nous ne pouvons réussir que si nous mettons en commun nos financements, nos compétences et notre expertise ».

L’une des clés de cette compétitivité sera l’intégration industrielle Europe/Afrique subsaharienne. Or la politique mise en œuvre par les pouvoirs publics français et européens depuis trente ans n’est pas assez ambitieuse. Elle est basée sur une approche que l’on peut qualifier de « bottom-up », consistant à aider des entreprises françaises au coup par coup, sans réelle stratégie de filière, avec des outils de couverture de risque et des financements ciblant prioritairement les PME.

L’intégration industrielle Europe-Afrique subsaharienne suppose un changement profond au niveau des politiques publiques française et européenne. Il s’agit de créer un cadre suffisamment propice pour inciter des entreprises européennes à se lancer dans des investissements industriels structurants, au moyen d’une approche « top-down », à l’exemple de ce que l’Allemagne à fait avec succès en Tunisie, ou de ce que la France à fait avec succès au Maroc, dans les secteurs des équipements automobiles et de la construction automobile. Cela passe par des accords bilatéraux entre l’état français et des états africains, pour développer une politique globale et intégrée basée sur des outils d’aide au financement de clusters industriels, de couverture de risque, de développement de formations supérieures ciblées sur des filières précises, d’amélioration de l’environnement institutionnel afin de réduire les coûts invisibles, et d’aide à l’innovation.